Cargo échoué à Anglet : les précisions de la procureur de Bayonne

  • Print

 

Publiéle 07/02/2014 à  14h40           , modifiéle 07/02/2014 à 14h58par

VIDÉO - La procureur de Bayonne tenait un point presse vendredi midi

Les opérations de pompage doivent commencer ce vendredi.© Photo
Jean-Daniel Chopin
 

 

Anne Kayanakis, procureur de Bayonne, a indiqué lors d'un point presse qu'une enquête judiciaire avait été ouverte le 5 février pour établir ou exclure d'éventuelles responsabilités pénales à l'origine de l'échouement du Luno.

Trois infractions sont visées :

- l'échouement par négligence ou non-respect des règlements maritimes (6 mois, 15.000 euros)

- la pollution des eaux due à un accident de mer (800.000 euros)

- les blessures involontaires ITT inférieures à trois mois (1 an, 15.000 euros)

"Les enquêteurs ont recueilli les témoignages de tous les membres de l'équipage et du pilote qui rendent compte d'une avarie technique", indique le communiqué de la procureure.

 

Cargo échoué à Anglet : l'armateur s'explique

11 commentaires

Publiéle 07/02/2014 à  11h35           , modifiéle 07/02/2014 à 12h29par

ENTRETIEN. ''Le pire moment, le pire endroit, et les pires conditions'', commente Juan José Lopez Inoriza, directeur adjoint des ressources humaines de Naviera Murueta

Les onze hommes de l'équipage, tous entendus par les enquêteurs jeudi, pourraient rentrer chez eux samedi.© Photo
Jean-Daniel Chopin
 
 

 

Ce vendredi matin, Juan José Lopez Inoriza, directeur adjoint des ressources humaines de la société Naviera Murueta (Bilbao) est à Bayonne, avec l'équipage du Luno. Dans l'attente des dernières précisions sur l'opération de pompage du gazole prévue vendredi après-midi dans la proue du cargo, par la société Smit Salvage, il a répondu aux questions de ''Sud Ouest''.

SO. Comment se porte l'équipage du Luno ?

Juan José Lopez Inoriza. Parfaitement bien, y compris le chef mécanicien qui a subi une légère blessure à la tempe. L'équipage est encore à l'hôtel à Bayonne ce vendredi matin, et il pourrait être acheminé en voiture cet après-midi à Bilbao. Les hommes pourraient être chez eux demain (samedi, ndlr).

SO. Quel était l'état du Luno quand il est entré dans le port de Bayonne ?

Le cargo venait de subir une révision exhaustive, d'une durée de 24 jours, dans le port de Pasaia (Pays basque espagnol - NDLR). Aussi bien le moteur que la peinture ont fait l'objet de cette intervention très complète, qui a lieu tous les cinq ans. Elle est obligatoire pour obtenir les documents internationaux nécessaires à la navigation des navires.

SO. Les conditions de mer et de météo étaient adaptées à une entrée dans le port ?

De mon opinion, et de l'opinion générale, il s'agissait de conditions comme il peut y en avoir souvent. Il s'agissait d'une opération ''normale'', et le pilote du port était à bord. Il s'agissait certes de mauvaises conditions de mer, mais s'il n'y avait pas une panne électrique générale, l'entrée dans le port de Bayonne se serait déroulée normalement.

SO. La panne a t-elle été causée par les conditions de mer ?

Pour l'heure, il est difficile de dire ce qui s'est produit. Les techniciens ont étudié le processus de l'accident et ils ont été entendus par la gendarmerie maritime jeudi. Tout l'équipage a été entendu jeudi. D'abord un par un, puis par groupe de quatre. Que la panne ait été provoquée par les mauvaises conditions est l'une des hypothèses, parmi d'autres. L'enquête permettra de déterminer les raisons de la panne et de l'échouement.

L'équipage a jeté les ancres, mais elles ont été arrachées par la mer.

SO. Comment se sont déroulés les faits ?

Tout est allé très vite, en deux heures, voire une heure et demie, le Luno était sur ballast. Ce que je peux dire maintenant est, qu'après l'arrivée de la panne, il s'agissait pour le Luno du pire moment, au pire endroit et dans les pires conditions. L'équipage a jeté les ancres, mais elles ont été arrachées par la mer. Ils ont tenté par tous les moyens de remettre le bateau dans sa route. Les hommes des remorqueurs du port de Bayonne ont tenté le tout pour le tout, au péril de leur propre vie. L'océan était démonté.

SO. L'équipage était-il coupé du monde pendant ces heures fatidiques ?

Non, le pilote du port de Bayonne a joué un rôle de coordinateur. Il est resté en contact téléphonique, et il transmettait les informations aux membres d'équipage. Il a eu un comportement remarquable, et il est resté le dernier à bord avec le capitaine. Je souhaite remercier tous les secours qui ont contribué au sauvetage de l'équipage.

Le plus urgent est d'éviter que le combustible ne se répande

SO. Combien va coûter l'opération de dépollution et de démantèlement ?

Là n'est pas la question. Le plus urgent est d'éviter que le combustible ne se répande, ce qui devrait être fait ce vendredi après-midi. Dans un second temps, il faudra éliminer les restes du navire. Il est trop tôt pour indiquer dans quels délais.

 

Anglet :

"Les marins étaient terrorisés. Certains n'avaient pas vu que leur navire était cassé''

12 commentaires

Publiéle 07/02/2014 à  06h15           , modifiéle 07/02/2014 à 08h22par

Les onze hommes d'équipage du cargo espagnol échoué sont sortis sains et saufs, mais ''traumatisés''. Deux d'entre eux ont fait appel à la cellule médico-psychologique

Les marins lors de leur prise en charge par les pompiers mercredi.© Photo

Jean-Daniel Chopin
Les onze hommes d'équipage du cargo Luno, qui s'est échoué ce mercredi à Anglet, sont en bonne santé physique, comme l'a confirmé leur employeur, l'armateur Naviera Murueta.

Suite à l'échouement, un homme avait été hospitalisé mercredi après-midi au Centre hospitalier de la Côte basque à Bayonne pour une blessure superficielle à la tempe, causée par le gîte subi par le navire. Le marin est sorti mercredi soir de l'hôpital. Quant aux autres membres de l'équipage du Luno, après qu'ils ont été secourus et treuillés par l'hélicoptère Puma de l'armée de l'air, ils ont été immédiatement pris en charge par la cellule médico-psychologique du Samu.

Ils étaient tellement terrorisés et avec cette peur de mourir, qu'ils pouvaient être dans un état d'oublier un bras cassé"

Cette unité de crise a été déployée au sein de la patinoire d'Anglet, située plage de La Barre, par le Service d'aide médicale d'urgence (Samu) de Bayonne, sous la direction du Dr. Tarak Mokni. "Nous avons vu des personnes qui avaient froid, qui étaient hypothermes, et surtout terrorisées", témoigne le docteur, diplômé en médecine de catastrophe. ''Les gars sont restés tapis pendant plusieurs heures dans une salle démontée par les vagues toutes les minutes. Ils étaient très traumatisés. Certains d'entre eux n'avaient même pas réalisé que le bateau s'était brisé, sinon le traumatisme aurait été encore plus important. Cela nous a beaucoup impressionnés'', précise le docteur Mokni, qui indique avoir assisté ce mercredi au treuillage le plus périlleux de sa carrière.

Selon le responsable du Samu de Bayonne, dans un premier temps, les marins ont eu le réflexe de refuser l'appui de la cellule médico-psychologique. ''Ils étaient tellement terrorisés et avec cette peur de mourir, qu'ils pouvaient être dans un état d'oublier un bras cassé.'' Puis dans un second temps, deux marins se sont confiés aux infirmiers et au psychiatre dépêchés sur place. ''Cela ne signifie pas qu'ils étaient perturbés psychologiquement, mais qu'ils ont éprouvé le besoin de parler. Nous invitons l'armateur et le consulat d'Espagne à nous contacter si besoin était, lorsque les marins seront de retour chez eux'', précise le docteur Tarak Mokni.

Les onze marins du Luno sont originaires de plusieurs régions d'Espagne. Ils ont été entendus ce jeudi matin par la section de recherches (SR) de la gendarmerie maritime. Et le pilote du navire a participé à la phase d'expertise sur les réservoirs de gazole, ce jeudi après-midi.